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1893

SOIR

Victor HUGO

Ciel ! un fourmillement emplit l'espace noir ; On entend l'invisible errer et se mouvoir ; Près de l'homme endormi tout vit dans les ténèbres. Le crépuscule, plein de figures funèbres,

Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ; A quelque être ignoré qui flotte dans le ,vent La pervenche murmure, à voix basse : je t'aime ! La clochette bourdonne auprès du chrysanthème

Et lui dit : paysan, qu'as-tu donc à dormir ? Toute la plaine semble adorer et frémir. L'élégant peuplier vers le saule difforme S'incline ; le buisson caresse l'antre ; l'orme

Au sarment frissonnant tend ses-bras convulsifs ; Les nymphæas, pour plaire aux nénuphars pensifs, Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ; Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,

S'éveillent, au milieu des joncs et des roseaux, Regardant leur ,front pâle au bleu miroir des eaux, Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes, Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes

Des fleurs déesses font des lueurs dans, la nuit, Et dans les prés, dans l'herbe où rampe un faible bruit, Dans l'eau, dans la, ruine informe et décrépite, Tout un monde charmant et sinistre palpite.

C'est que là-haut, au fond du ciel mystérieux, Dans le.soir vaguement splendide et glorieux, Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée, Et, vision, remplit d'amour l'ombre effarée.

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