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1898

SA CONSCIENCE

Victor HUGO

— Écoutais-tu parfois ta conscience ? — Certe ! — Et que t'a-t-elle dit ? — Elle m'a dit : Déserte Tout sentier trop ardu, trop rude et trop étroit.

Heurte ce mot l'Honneur contre ce mot le Droit, Et tire un son fêlé de l'un comme de l'autre. Aie un tarif. Combien ce héros ? cet apôtre ? Ce tribun ? C'est tant. Paie, et sois fort. Je t'absous.

Prends les millions, jette au peuple les gros sous. Achète aux prêtres. Dieu. Jamais Dieu ne réclame. Sois d'abord sûr d'tin fait, c'est que tu n'as point d'âme. C'est agréable. On est nuit, matière, animal,

Cendre, et l'on ne fait rien de bien ni rien de mal On arrive à la mort, juste aussi responsable Que l'hydre s'échouant dans l'ombre sur le sable. Raille ces fous, croyant au bien, au juste, au beau,

Qui pensent qu'un palais pèse sur un tombeau. Jouis, et ne crains pas le sépulcre. Il est vide. Jure et mens ; le serment est un fil qu'on dévide Jusqu'à ce qu'il se casse. Alors, guerre, terreur,

Masque jeté, carnage et mort. Sois empereur. Touche la cible, atteins le but, gagne le quine ; Tue, éclate de rire, et règne ! — Ah ! la coquine !

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