Skip to content
1893

RENTRÉE DANS LA SOLITUDE

Victor HUGO

Ô ses amis d'hier, pas d'aujourd'hui, qu'il trouve La prudence pour vous bonne, et qu'il vous approuve, Cela doit vous suffire. Il dit : Reniez-moi, Et sourit. Il poursuit sa route sans émoi ;

Il faut bien que le cœur des hommes se révèle. Croyez-vous que ce soit une chose nouvelle Pour lui qui reste droit lorsqu'on est à genoux, De tenir tête aux sots, aux furieux, à vous ?

Quand Bonaparte était le maître de la terre, Devant ce tout-puissant il fut le solitaire. Braver, lutter, souffrir, ne sont-ce pas ses mœurs ? N'a-t-il pas l'habitude ancienne des clameurs ?

N'a-t-il pas ; du sommet d'un roc dans les nuées, Vu vingt ans à ses pieds écumer les huées ? Vingt ans, couronne au front, l'empire n'a-t-il point A cet homme pensif, d'en bas montré le poing ?

Il avait l'œil hagard des antiques prophètes. Alors comme aujourd'hui c'était un fou. Donc, faites. Adieu. Ce qu'il promit, il le tient maintenant, Et c'est trop fort, il est fidèle, il est gênant.

Reniez-le. Tournez du côté de l'injure ; Tout doit finir. La vie est-elle une gageure ? L'entêtement d'un seul est un reproche à tous. Le devoir des lions est de vieillir toutous ;

Les vents époumonés ont dégonflé leur outre. Pourquoi s'obstine-t-il, cet homme ? Passons outre. C'est bien. Il reste seul. L'ombre est devant ses pas, Il connaît le désert et ne s'en émeut pas.

Il s'évanouira de nouveau dans l'abîme. Soit. Mais, toutes les fois que pour commettre un crime Les ennemis publics se feront signe entre eux, Peuple, toutes les fois qu'un homme désastreux

Dressera contre toi quelque embûche à sa guise, Toutes les fois qu'un bruit de couteau qu'on aiguise Se mêlera sinistre au tumulte confus Des noirs événements pareils aux bois touffus,

Chaque fois qu'un vaisseau partira pour Cayenne, Chaque fois que Paris, la ville citoyenne, Sera livrée au sabre, et que la liberté Sentira quelque pointe infâme à son côté,

Chaque fois que des pas tortueux et funèbres Marcheront vers un but obscur dans les ténèbres, Alors, dans la nuit lâche où s'éclipsent les lois, On entendra gronder une lointaine voix,

On verra tout à coup un fantôme apparaître, Et les hommes distraits reconnaîtront peut-être Cette ombre à sa tristesse au fond du firmament, Et cette conscience à son rugissement.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
RENTRÉE DANS LA SOLITUDE · Victor HUGO · Poetry Cove