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1877

PROGRÈS

Victor HUGO

En avant, grande marche humaine ! Peuple, change de région. Ô larve, deviens phénomène ; Ô troupeau, deviens légion.

Cours, aigle, où tu vois l'aube éclore. L'acceptation de l'aurore N'est interdite qu'aux hiboux. Dans le soleil Dieu se devine ;

Le rayon a l'âme divine Et l'âme humaine à ses deux bouts. Il vient de l'une et vole à l'autre ; Il est pensée, étant clarté ;

En haut archange, en bas apôtre, En haut flamme, en bas liberté. Il crée Horace ainsi que Dante, Dore la rose au vent pendante,

Et le chaos où nous voguons ; De la même émeraude il touche L'humble plume de l'oiseau-mouche Et l'âpre écaille des dragons.

Prenez les routes lumineuses, Prenez les chemins étoilés. Esprits semeurs, âmes glaneuses, Allez, allez, allez, allez !

Esclaves d'hier, tristes hommes, Hors des bagnes, hors des sodomes, Marchez, soyez vaillants, montez ; Ayez pour triomphe la gloire

Où vous entrez, ô foule noire, Et l'opprobre dont vous sortez ! Homme, franchis les mers. Secoue Dans l'écume tout le passé ;

Allume en étoupe à ta proue Le chanvre du gibet brisé. Gravis les montagnes. Écrase Tous les vieux monstres dans la vase ;

Ressemble aux anciens Apollons ; Quand l'épée est juste, elle est pure ; Va donc ! car l'homme a pour parure Le sang de l'hydre à ses talons.

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