Écoute ; — nous vivrons, nous saignerons, nous sommes
Faits pour souffrir parmi les femmes et les hommes ;
Et nous apercevrons devant nos yeux, vois-tu,
Comme des monts, travail, honneur, devoir, vertu,
Et nous gravirons l'une après l'autre ces cimes ;
Quand nous serons en bas, loin des sommets sublimes,
Nous dresserons nos fronts ; mais, en haut, nos genoux
Ploieront ; les passions viendront rugir en nous,
Et nous leur servirons d'antres et de repaires ;
Nous pleurerons nos fils, nous pleurerons nos pères,
Nous verrons le cercueil germer dans le berceau ;
Dans nos soifs, nous boirons à Dieu, comme au ruisseau ;
Nous deviendrons, après nos deuils et nos attentes,
Des âmes sur le bord du tombeau palpitantes,
Car, pour l'homme ici-bas marqué d'un divin sceau,
Vivre, pleurer, souffrir, c'est devenir oiseau,
Et toutes les douleurs sont les plumes de l'aile ;
Nous suivrons la puissance, au néant parallèle,
Ou, plus sages, l'amour qui fuit au fond des bois ;
Nous aurons nos espoirs, nos terreurs, nos abois ;
Nous nous emplirons d'ombre ou d'azur la prunelle…
Et nous nous en irons vers l'étoile éternelle !