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1893

[no title]

Victor HUGO

Aie une muse belluaire, Sinon tu seras dévoré. Le ciel t'offre un double suaire, L'un étoilé, l'autre azuré.

Va, revêts-les l'un après l'autre ; Et verse aux hommes, tour à tour, Justicier sombre ou tendre apôtre, Tantôt l'ombre et tantôt le jour.

Sois la nuit qui montre les astres ; Puis sois le soleil tout à coup, Témoin des biens et des désastres, Éclairant tout, éclipsant tout.

Car tu ressembles au prophète Qui foudroyait et souriait ; Et ton âme de flots est faite Comme l'océan inquiet.

Sois par l'aigle et par la chouette Contemplé dans l'horreur des bois ; Sois l'immobile silhouette ; Sois la lueur et sois la voix.

Le psaltérion formidable Vibre en tes mains, ô barde roi, Esprit, poète, âme insondable ! Une aurore est derrière toi.

L'ange en passant te fait des signes ; Les lions te suivent des yeux ; Et, comme sept immenses lignes S'allongeant de la terre aux cieux,

On voit, grâce à toi qui sais lire Dans le cœur des hommes mouvants, L'ombre des cordes de la lyre Sur tout ce que font les vivants.

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