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1902

MÉLANCOLIE

Victor HUGO

Le père est mort hier, l'enfant joue aujourd'hui. L'ombre peut-être est là, pleine d'un sombre ennui. L'enfance est froide, hélas ! Son œil bleu qui nous charme Nous glace. O deuil ! le temps d'essuyer une larme,

Le chagrin de l'enfant s'en va, vide et subtil. Hier ! Qu'est-ce qu'hier ? Un mort ! où donc est-il ? Pourquoi n'y sont-ils plus, ceux qu'on voyait ? les choses Disparaissent la nuit. Vois donc les belles roses !

L'enfant rit. Sa pensée est une mouche. Il rit. Nul souvenir ne reste en ce rapide esprit, Nul reflet dans cette eau dont vacille la moire ; Chaque souffle qui passe emporte sa mémoire.

Qu'est-il ? rose lui-même en attendant qu'il soit Quelqu'un de grandissant que le sort aperçoit. Voyez-le dans l'aurore avec les autres plantes Comme lui faites d'ombre et comme lui tremblantes,

Il n'est rien qu'un parfum comme elles ; frais, vermeil ; La pénétration charmante du soleil Le dore, et fait qu'on voit au fond d'une auréole Sa petite âme ouverte ainsi qu'une corolle ;

De pleurs et de rayons l'aube vient le baigner, Et c'est la seule fleur qui doive un jour saigner.

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