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1902

LXXXV

Victor HUGO

Le prophète et le poète Affirment l'être au néant ; La terre écoute inquiète Cet archange et-ce géant ;

La foule aux vils dialogues, Ce tas de loups et de dogues Qui, rôdent sous le ciel bleu, Tout ce noir troupeau qui nie

Aboie après le génie Interlocuteur de Dieu. Toute la sombre cohue Des errants et des vivants

Craint les penseurs ; elle hue Ces grands fronts, battus des vents ; Elle s'écrie en sa haine : « D'où vient qu'ils n'ont pas de chaîne,

Et planent quand nous fuyons ? D'où vient que leurs cœurs flamboient ? Qu'est-ce donc que leurs yeux voient, Pour avoir tant de rayons ? »

Quand les grands aigles fidèles Dans l'âpre nuit sans amour Vont, donnant de fiers coups d'ailes Du côté du point du jour,

L'ombre aveugle, l'ombre athée, Invective, épouvantée, Ces passants à l'œil vermeil Qui troublent sa solitude

Avec leur vieille habitude De regarder le soleil.

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