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1893

LXVIII

Victor HUGO

Collabore avec Dieu ; prévois, pourvois ; prends soin De l'univers ; veille, aide ; et répare au besoin ; Prends dans ta main, savant, prends dans ta main, druide, La gravitation, la chaleur, le fluide,

Ces aimants où l'on sent comme une volonté, Ces flux et ces reflux d'intime affinité, Tout ce vaste filet de lois impérieuses, De fécondes clartés, d'ombres mystérieuses,

Freins que l'élément ronge, enchaînements, réseaux Où l'on entend souffler d'invisibles naseaux ; Mets ton tablier, homme, et fourbis-moi ces boucles De soleils, de rayons, d'étoiles, d'escarboucles,

Ces nœuds de l'Inconnu que toi seul tu connais ; Sois le palefrenier de ce sombre harnais De forces, de courants, d'attraction profonde, Qui bride et qui contient l'effrayant cheval Monde ;

Et s'il veut, dérobant sa bouche horrible au mors, Briser ces lois, qui font même obéir les morts, Interviens, et rajuste avec ton bras énorme Le noir caparaçon sur sa croupe difforme.

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