Souffrance, es-tu la loi du monde ? L'homme vient triste et s'en va nu ; Il naît débile et meurt immonde ; Es-tu le fond de l'inconnu ?
Les grêles, les foudres, les trombes ; Les marteaux meurtrissant les clous ; Le grain dans le bec des colombes, L'agneau dans la gueule des loups ;
Le tigre ayant l'horreur secrète De sa propre férocité ; Le lion, fauve anachorète Qui hurle dans l'immensité ;
L'enfant qui meurt, âme qui sombre ; Le lys qu'on fauche, à peine éclos ; Les marins qu'engloutit dans l'ombre La bave sinistre des flots ;
Partout les embûches funèbres, Le glaive, la griffe, la dent ; Des yeux fixés dans les ténèbres ; Le crime guettant et rôdant
L'abeille que chasse la guêpe ; La guerre battant du tambour ; Un horizon voilé d'un crêpe, Où croît l'ombre, où décroît l'amour ;
Les discordes qui se répandent ; Caïn, Nemrod, Néron, Macbeth ; Tous les cœurs des hommes qui pendent À la haine, ce grand gibet ;
Le doute qui sort de la tombe, Et, du haut du ciel sans clarté, Semble un soir éternel gui tombe Sur la lugubre humanité ;
Toutes ces douleurs, est-ce l'ordre ? L'air du sépulcre emplit les cieux, Et sur l'abîme on voit se tordre, La nuit, des bras mystérieux.
Et toutes ces choses farouches Disent cette plainte à la fois, Et de toutes ces sombres bouches On entend sortir cette voix :
— Dieu ! qu'a donc fait la créature, Et pourquoi l'être est-il puni ? — C'est le grand cri de la nature Dans le grand deuil de l'infini.
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