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1898

LIII

Victor HUGO

C'est bien, buvez, mangez, rampez, courbez la tête. Nos aïeux Étaient les habitants hagards de la tempête Dans les cieux.

Ils dispersaient les vents sous leurs vastes coups d'ailes, Rayonnaient, Donnaient des rendez-vous à la mort, et, fidèles, Y venaient.

Ils suivaient, dans l'espace aujourd'hui sombre et vide Qui se tait, La Marseillaise, un ange au regard d'Euménide, Qui chantait.

Ils faisaient alterner l'ombre et le météore ; Hosanna ! Revanche ! Et de Rosbach ces preux faisaient éclore Iéna.

L'Europe les voyait crier : Luttons encore ! Nous vaincrons ! Et regardait sortir on ne sait quelle aurore De leurs fronts.

Quand ils proclamaient Dieu seul Dieu, sans évangile Ni Koran, Et quand ils maniaient cette chose fragile, Un tyran.

Leurs sabres ont chassé, secouant leur dragonne, De Valmy, De Fleurus, et des bois sinistres de l'Argonne, L'ennemi !

Devant ces preux, semant les progrès, les désastres, Et le bruit, Les rois disparaissaient comme des fuites d'astres Dans la nuit.

Moi ; je suis un proscrit. J'assiste aux mers farouches, Aux combats De l'ombre et de l'écume, où d'invisibles bouches Parlent bas,

Et, tout en écoutant passer ce cri : Justice ! Dans les vents, Je songe à la grandeur des morts qui rapetisse Les vivants.

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