Babel est tout au fond du paysage horrible. Si l'épouvante était une chose visible, Elle ressemblerait à ce faîte inouï. Sommet démesuré dans le ciel enfoui !
Ce n'est pas une tour, c'est le monstre édifice. Sans pouvoir l'éclairer, le jour sur elle glisse. Des ouvertures d'ombre engouffrent dans ses flancs Tous les vents de l'espace orageux et sifflants ;
Il en sort on ne sait quelles sombres huées. Sa spirale difforme et mêlée aux nuées Peut-être y recommence et peut-être y finit. L'ouragan a rongé ses porches de granit ;
Son mur est crevassé du haut en bas ; la brèche Est comme un trou que fait dans la terre une bêche ; Ses rampes ont des blocs de roches pour pavés ; Sur ses escarpements lugubres sont gravés
Des maques, des trépieds, des gnomons, des clepsydres ; Ses antres, assez grands pour contenir des hydres, Semblent de loin la fente où se cache l'aspic ; Sur les reliefs brumeux de ses parois à pic
Des forêts ont poussé comme des touffes d'herbes ; Ses faisceaux d'arcs rompus sont pareils à des gerbes ; La pierre a la pâleur sinistre du linceul. Babel voulait monter jusqu'au zénith ; Dieu seul
A son ascension pouvait mettre une borne. On frémit d'entrevoir son intérieur morne ; Il est si noir qu'un astre y serait à tâtons ; Des chutes de muraille ont entre les frontons
Creusé des profondeurs qui font inaccessibles D'affreux colosses ; pris par la foudre pour cibles. Le seuil porte deux tours qui sont deux chandeliers. Ce spectre est loin. Un dôme ; un chaos d'escaliers,
Des terrasses, des ponts, prennent vaguement forme Dans ce blêmissement d'architecture énorme Montant confusément derrière l'horizon. Et comme on voit, au bord du toit d'une maison
S'abattre, à la saison des fleurs, à tire-d'aile, Les pigeons au pied rose ou la vive hirondelle, Sur son entablement funèbre aux trous profonds, Viennent du fond du ciel se poser les griffons,
Les hippogriffes noirs, les sphinx volants des rêves Dont les plumes sans plis ressemblent à des glaives, Le dragon, sous son, ventre étouffant des éclairs, L'aigle d'apocalypse, et les larves des airs,
Et les blancs séraphins, qu'une aile immense voile, Farouches, arrivant fatigués d'une étoile.
Cookies on Poetry Cove