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1829

Le voile

Victor HUGO

Qu'avez-vous, qu'avez-vous, mes frères ? Vous baissez des fronts soucieux. Comme des lampes funéraires, Vos regards brillent dans vos yeux.

Vos ceintures sont déchirées ; Déjà trois fois, hors de l'étui, Sous vos doigts, à demi tirées, Les lames des poignards ont lui.

Qu'avez-vous, qu'avez-vous, mes frères ? Vous baissez des fronts soucieux. Comme des lampes funéraires, Vos regards brillent dans vos yeux.

Vos ceintures sont déchirées ; Déjà trois fois, hors de l'étui, Sous vos doigts, à demi tirées, Les lames des poignards ont lui.

N'avez-vous pas levé votre voile aujourd'hui ? N'avez-vous pas levé votre voile aujourd'hui ? Je revenais du bain, mes frères, Seigneurs, du bain je revenais,

Cachée aux regards téméraires Des Giaours et des Albanais. En passant près de la mosquée Dans mon palanquin recouvert,

L'air de midi m'a suffoquée : Mon voile un instant s'est ouvert. Je revenais du bain, mes frères, Seigneurs, du bain je revenais,

Cachée aux regards téméraires Des Giaours et des Albanais. En passant près de la mosquée Dans mon palanquin recouvert,

L'air de midi m'a suffoquée : Mon voile un instant s'est ouvert. Un homme alors passait ? un homme en caftan vert ? Un homme alors passait ? un homme en caftan vert ?

Oui…, peut-être…, mais son audace N'a point vu mes traits dévoilés… Mais vous vous parlez à voix basse, À voix basse vous vous parlez.

Vous faut-il du sang ? sur votre âme, Mes frères, il n'a pu me voir. Grâce ! tuerez-vous une femme, Faible et nue en votre pouvoir ?

Oui…, peut-être…, mais son audace N'a point vu mes traits dévoilés… Mais vous vous parlez à voix basse, À voix basse vous vous parlez.

Vous faut-il du sang ? sur votre âme, Mes frères, il n'a pu me voir. Grâce ! tuerez-vous une femme, Faible et nue en votre pouvoir ?

Le soleil était rouge à son coucher ce soir ! Le soleil était rouge à son coucher ce soir ! Grâce ! qu'ai-je fait ? grâce ! grâce ! Dieu ! quatre poignards dans mon flanc !

Ah ! par vos genoux que j'embrasse… Ô mon voile ! ô mon voile blanc ! Ne fuyez pas mes mains qui saignent, Mes frères, soutenez mes pas !

Car sur mes regards qui s'éteignent S'étend un voile de trépas. Grâce ! qu'ai-je fait ? grâce ! grâce ! Dieu ! quatre poignards dans mon flanc !

Ah ! par vos genoux que j'embrasse… Ô mon voile ! ô mon voile blanc ! Ne fuyez pas mes mains qui saignent, Mes frères, soutenez mes pas !

Car sur mes regards qui s'éteignent S'étend un voile de trépas. C'en est un que du moins tu ne lèveras pas ! C'en est un que du moins tu ne lèveras pas !

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