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1877

LE TROUBLE-FÊTE

Victor HUGO

Les belles filles sont en fuite Et ne savent où se cacher. Brune et blonde, grande et petite, Elles dansaient près du clocher ;

Une chantait, pour la cadence ; Les garçons aux fraîches couleurs Accouraient au bruit de la danse, Mettant à leurs chapeaux des fleurs ;

En revenant de la fontaine, Elles dansaient près du clocher. J'aime Toinon, disait le chêne ; Moi, Suzon, disait le rocher.

Mais l'homme noir du clocher sombre Leur a crié : — Laides ! fuyez ! — Et son souffle brusque a dans l'ombre Éparpillé ces petits pieds.

Toute la danse s'est enfuie, Les yeux noirs avec les yeux bleus, Comme s'envole sous la pluie Une troupe d'oiseaux frileux.

Et cette déroute a fait taire Les grands arbres tout soucieux, Car les filles dansant sur terre Font chanter les nids dans les cieux.

— Qu'a donc l'homme noir ? disent-elles. — Plus de chants ; car le noir témoin A fait bien loin enfuir les belles, Et les chansons encor plus loin.

Qu'a donc l'homme noir ? — Je l'ignore, Répond le moineau, gai bandit ; Elles pleurent comme l'aurore. Mais un myosotis leur dit :

— Je vais vous expliquer ces choses. Vous n'avez point pour lui d'appas ; Les papillons aiment les roses, Les hiboux ne les aiment pas.

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