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1893

LE PRINCE FAINÉANT

Victor HUGO

Guy, mon père, N'use point, A rien faire Son pourpoint.

Pas de fête Qu'il n'apprête, Casque en tête, Dague au poing.

Mon grand-père, Navarrois, Fit la guerre Pour la croix,

Sous Alonze Cœur-de-bronze, En l'an onze Cent vingt-trois.

Jean de Mesme Son aïeul Qui dort blême Au linceul,

Dans Toulouse La jalouse, Contre douze Luttait seul.

Mes ancêtres Fort vantés, Portaient, maîtres Des comtés,

Sur la marge D'un dos large Une charge De cités.

L'un d'eux, Eudes De Montfort, Fut des leudes Le plus fort,

Son épaule Jusqu'au pôle Portait. Dôle, Sans effort.

Le grand-père De ceux-là, Noir sicaire D'Attila,

Vieille lame, Eut dans l'âme Plus de flamme Que l'Hékla.

Moi, leur mince Suppléant, Suis le prince Fainéant.

Mon bras casse, S'il déplace Leur cuirasse De géant.

Car d'entailles Moins friand, Des batailles Souriant,

Tout me lasse, Fêtes, chasse, Dire : grâce, En priant !

Même aux belles J'ai mépris, Et loin d'elles Mon cœur pris

Laisse, en somme, Faire un somme Aux cerfs, comme Aux maris.

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