Çà, qu'on selle, Écuyer, Mon fidèle Destrier.
Mon cœur ploie Sous la joie, Quand je broie, L'étrier.
Par saint Gille, Viens-nous-en, Mon agile Alezan ;
Viens, écoute, Par la route, Voir la joute Du Roi Jean.
Qu'un gros carme Chartrier Ait pour arme L'encrier ;
Qu'une fille, Sous la grille, S'égosille À prier ;
Nous qui sommes, De par Dieu, Gentilshommes De haut lieu,
Il faut faire Bruit sur terre, Et la guerre N'est qu'un jeu.
Ma vieille âme Enrageait ; Car ma lame, Que rongeait
Cette rouille Qui la souille, En quenouille Se changeait.
Cette ville, Aux longs cris, Qui profile Son front gris,
Des toits frêles, Cent tourelles, Clochers grêles, C'est Paris !
Quelle foule, Par mon sceau ! Qui s'écoule En ruisseau,
Et se rue, Incongrue, Par la rue, Saint-Marceau.
Notre-Dame ! Que c'est beau ! Sur mon âme De corbeau,
Voudrais être Clerc ou prêtre Pour y mettre Mon tombeau !
Les quadrilles, Les chansons Mêlent filles Et garçons.
Quelles fêtes ! Que de têtes Sur les faîtes Des maisons !
Un maroufle, Mis à neuf, Joue et souffle Comme un bœuf,
Une marche De Luzarche Sur chaque arche Du Pont-Neuf.
Le vieux Louvre ! — Large et lourd, Il ne s'ouvre Qu'au grand jour,
Emprisonne La couronne, Et bourdonne Dans sa tour.
Los aux dames ! Au roi los ! Vois les flammes Du champ clos,
Où la foule, Qui s'écroule, Hurle et roule À grands flots !
Sans attendre, Çà, piquons ! L'œil bien tendre, Attaquons
De nos selles Les donzelles, Roses, belles, Aux balcons.
Saulx-Tavane Le ribaud Se pavane, Et Chabot
Qui ferraille, Bossu, raille Mons Fontraille Le pied-bot.
Là-bas, Serge Qui fit vœu D'aller vierge Au saint lieu ;
Là, Lothaire, Duc sans terre Sauveterre, Diable et dieu.
Le vidame De Conflans Suit sa dame À pas lents,
Et plus d'une S'importune De la brune Aux bras blancs.
Là-haut brille, Sur ce mur, Yseult, fille Au front pur ;
Là-bas, seules, Force aïeules Portant gueules Sur azur.
Dans la lice, Vois encor Berthe, Alice, Léonor,
Dame Irène, Ta marraine, Et la reine Toute en or.
Dame Irène Parle ainsi ; — Quoi ! la reine Triste ici !
Son altesse Dit : — Comtesse, J'ai tristesse Et souci.
On commence ! Le beffroi ! Coups de lance, Cris d'effroi !
On se forge, On s'égorge, Par saint George ! Par le roi !
La cohue, Flot de fer, Frappe, hue, Remplit l'air,
Et, profonde, Tourne et gronde, Comme une onde Sur la mer !
Dans la plaine Un éclair Se promène Vaste et clair ;
Quels mélanges ! Sang et franges ! Plaisirs d'anges ! Bruit d'enfer !
Sus, ma bête, De façon Que je fête Ce grison !
Je te baille Pour ripaille Plus de paille, Plus de son
Qu'un gros frère, Gai, friand, Ne peut faire, Mendiant,
Par les places Où tu passes, De grimaces En priant !
Dans l'orage, Lys courbé, Un beau page Est tombé.
Il se pâme, Il rend l'âme ; Il réclame Un abbé.
La fanfare Aux sons d'or, Qui t'effare, Sonne encor
Pour sa chute ; Triste lutte De la flûte Et du cor !
Moines, vierges, Porteront De grands cierges Sur son front ;
Et dans l'ombre Du lieu sombre, Deux yeux d'ombre Pleureront
Car madame Isabeau Suit son âme Au tombeau.
Que d'alarmes ! Que de larmes !… — Un pas d'armes, C'est très beau !
Çà, mon frère, Viens, rentrons Dans notre aire De barons.
Va plus vite, Car au gîte Qui t'invite, Trouverons,
Toi, l'avoine Du matin, Moi, le moine Augustin,
Ce saint homme, Suivant Rome, Qui m'assomme De latin,
Et rédige En romain Tout prodige De ma main,
Qu'à ma charge Il émarge Sur un large Parchemin.
Un vrai sire Châtelain Laisse écrire Le vilain ;
Sa main digne, Quand il signe, Égratigne Le vélin.
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