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1902

L'ENFER

Victor HUGO

L'expiation rampe au plus profond de l'être : Qu'est-elle ? Énigme triste et que nul ne pénètre Et qui fait quereller les sages ténébreux ! Une vapeur qui sort de ce mystère affreux

Filtre lugubrement à la surface obscure Des dogmes, sur qui plane Azraël ou Mercure, Et que traduit, au peuple aveugle qu'il soumet, Tantôt Tirésias et tantôt Mahomet.

Aux vivants effarés cette vapeur qui monte Révèle vaguement le lieu d'ombre et de honte. — C'est l'enfer ! disent-ils, la peine, le tourment ! — Et l'on en voit l'étrange et hideux flamboiement

Trembler au noir sommet des religions sombres. L'Hadès où les titans râlent sous des décombres, Le Ténare, eau qui brûle et dont le flot rongeur Jette aux porches de l'ombre, une fauve rougeur,

Le Phlégéton ; l'Averne au funèbre cratère ; Sont les trous monstrueux qu'à travers cette terre L'homme fait en tremblant du côté de la nuit, Et la forme, qu'au fond du gouffre où rien ne luit,

Sa superstition, sa crainte ou sa démence Donne aux noirs soupiraux, du châtiment immense. L'antique enfer payen tombe et croule aujourd'hui ; Il est vide ; on, ne sait dans quel néant ont fui

Ses mânes au long voile et ses mégères nues ; On n'en répare plus les blêmes avenues, Et le prêtre en dédaigne aujourd'hui l'entretien ; La terre maintenant croit à l'enfer chrétien ;

La foi des hommes s'est par degrés retirée Du Tartare où s'éteint l'épouvante sacrée ; Leur peur quitte Pluton et passe à Lucifer ; Leur mobilité va jusqu'à changer d'enfer ;

L'abandon épaissit sa ronce parasite Dans tous ces gouffres morts, Styx, Achéron, Cocyte ; L'homme n'y sent plus rien d'hostile et de puni ; Un reste de fumée au fond de l'infini

Noircit à peine encor, ces vieilles cheminées.Noircit à peine encor, ces vieilles cheminées.

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