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1865

JOUR DE FÊTE

Victor HUGO

Midi chauffe et sèche la mousse ; Les champs sont pleins de tambourins ; On voit dans une lueur douce Des groupes vagues et sereins.

Là-bas, à l'horizon, poudroie Le vieux donjon de saint Louis ; Le soleil dans toute sa joie Accable les champs éblouis.

L'air brûlant fait, sous ses haleines Sans murmures et sans échos, Luire en la fournaise des plaines La braise des coquelicots.

Les brebis paissent inégales ; Le jour est splendide et dormant ; Presque pas d'ombre ; les cigales Chantent sous le bleu flamboiement.

Voilà les avoines rentrées. Trêve au travail. Amis, du vin ! De larges tonnes éventrées Sort l'éclat de rire divin.

Le buveur chancelle à la table Qui boite fraternellement. L'ivrogne se sent véritable ; Il oublie, ô clair firmament,

Tout, la ligne droite, la gêne, La loi, le gendarme, l'effroi, L'ordre ; et l'échalas de Surène Raille le poteau de l'octroi.

L'âne broute, vieux philosophe ; L'oreille est longue ; l'âne en rit, Peu troublé d'un excès d'étoffe, Et content si le pré fleurit.

Les enfants courent par volée. Clichy montre, honneur aux anciens ! Sa grande muraille étoilée Par la mitraille des Prussiens.

La charrette roule et cahote ; Paris élève au loin sa voix, Noir chiffonnier qui dans sa hotte Porte le sombre tas des rois.

On voit au loin les cheminées Et les dômes d'azur voilés ; Des filles passent, couronnées De joie et de fleurs, dans les blés.

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