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1893

JARDINS DE LA MARGRAVE SIBYLLE

Victor HUGO

Le jardin était plein de bonne : compagnie. Thérèse dans un coin, avec quelque ironie, Tenait sa cour, menant du bout de l'éventail Des ducs, des financiers, des prélats, son bétail ;

Les terrasses étaient tout en charmille, et mainte Rhadamire y jasait avec quelque Aramynthe ; Dans l'ombre au fond d'un antre un vieux faune courbé Faisait du bel esprit avec un jeune abbé ;

Deux philosophes gris, se prodiguant le geste, Disputaient, et mêlaient le Phédon au Digeste ; L'un répondait Quia quand l'autre disait Cur ; Les grottes rayonnaient, et, dans le clair-obscur,

On voyait les bras nus et les gorges de marbre Des déesses riant parmi les branches d'arbre, Pendant que des marquis en manteaux espagnols Leur lisaient des sonnets sifflés des rossignols.

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