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1893

III

Victor HUGO

Je suis Jean qui guette, Chanteur et siffleur, Qui serait poète S'il n'était voleur,

Et qui serait morne S'il ne trouvait pas Au coin de la borne Ses quatre repas.

J'ai la mine haute Et le nez en fleur De la Pentecôte A la Chandeleur.

Je rôde, je marche ; J'ai pour toit le ciel, Pour alcôve une arche Du pont Saint-Michel.

Ah ! c'est toi, vieux singe ! Disent les cathos Qui battent leur linge Au bord des bateaux,

Drôlesses ingambes, Et que j'aime à voir Se laver les jambes En chantant le soir.

J'ai près d'une belle Respect et bon ton ; Je lui dis mamselle ; Ça flatte Goton.

Quand j'ai d'aventure Fait quelque bon coup, J'en mène en voiture Quelqu'une à Saint-Cloud.

J'invite à ma table, Pour un fin soupé, La plus respectable, Une franche pé.

Les sergents de ville, Valets du plus fort, Ont l'âme si vile Qu'ils me font du tort.

Sous la raison basse Que j'ai pris parfois Leur bourse qui passe A d'affreux bourgeois,

On vient, on saccage Mon lit de roseau, On me met en cage Comme un pauvre oiseau.

J'échappe, et m'en tire ; Mais c'est ennuyeux, Pour moi qui respire Tout le vent des cieux !

Cela me dérange. Des fois j'ai logé Sous le pont-au-change ; J'ai déménagé.

J'ai plus d'une issue. Ma vie est ainsi Toute décousue, Ma culotte aussi.

Ah ! les temps sont rudes ! Souvent on a faim, Les filles sont prudes, La jeunesse enfin

N'a plus, que c'est bête ! Le moindre oripeau, Ni joie en la tête, Ni plume au chapeau.

Je suis, pour tout dire, Un garçon railleur, Moins mauvais qu'un pire, Moins bon qu'un meilleur.

Je ris comme un coffre, Je bois comme un trou. O Satan ! je m'offre A toi pour un sou !

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