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1893

II

Victor HUGO

Oh ! si vous existez, mon ange, mon génie, Qui m'emplissez le cœur d'amour et d'harmonie, Esprit qui m'inspirez, sylphe pur qu'en rêvant J'écoute me parler à l'oreille souvent !

Avec vos ailes d'or volez à la nuit close Dans l'alcôve qu'embaume une senteur de rose Vers cet être charmant que je sers à genoux Et qui, puisqu'il est femme, est plus ange que vous !

Dites-lui, bon génie, avec votre voix douce, À cet être si cher qui parfois me repousse, Que, tandis que la foule a le regard sur lui, Que son sourire émeut le théâtre ébloui,

Que tous les cœurs charmés ne sont, tant on l'admire, Qu'un orchestre confus qui sous ses pieds soupire, Tandis que par moments le peuple transporté Se lève tout debout et rit à sa beauté,

Il est ailleurs une âme, éperdue, enivrée, Qui, pour mieux recueillir son image adorée, Se cache dans la nuit comme dans un linceul, Et qu'admiré de tous, il est aimé d'un seul !

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