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1865

II

Victor HUGO

Jeanne chante ; elle se penche Et s'envole ; elle me plaît ; Et, comme de branche en branche, Va de couplet en couplet.

De quoi donc me parlait-elle ? Avec sa fleur au corset, Et l'aube dans sa prunelle, Qu'est-ce donc qu'elle disait ?

Parlait-elle de la gloire, Des camps, du ciel, du drapeau, Ou de ce qu'il faut de moire Au bavolet d'un chapeau ?

Son intention fut-elle De troubler l'esprit voilé Que Dieu dans ma chair mortelle Et frémissante a mêlé ?

Je ne sais. J'écoute encore. Était-ce psaume ou chanson ? Les fauvettes de l'aurore Donnent le même frisson.

J'étais comme en une fête ; J'essayais un vague essor ; J'eusse voulu sur ma tête Mettre une couronne d'or,

Et voir sa beauté sans voiles, Et joindre à mes jours ses jours, Et prendre au ciel les étoiles, Et qu'on vînt à mon secours !

J'étais ivre d'une femme ; Mal charmant qui fait mourir. Hélas ! je me sentais l'âme Touchée et prête à s'ouvrir ;

Car pour qu'un cerveau se fêle Et s'échappe en songes vains, Il suffit du bout de l'aile D'un de ces oiseaux divins.

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