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1898

II

Victor HUGO

J'applique mon oreille à travers mon cachot Contre la conscience énorme de là-haut. Et j'écoute. Et, pensif, je fuis, et, solitaire, Je m'envole. Quiconque a pour prison la terre,

A pour évasion le ciel. Là, j'ai l'effroi De sentir comme une âme immense entrer en moi Et j'en tremble, et j'en suis joyeux. Sévère joie ! Va, sois le Châtiment, me-dit quelqu'un. Foudroie.

La foudre est le jet noir du firmament vengeur. Je me penche du fond d'une blême rougeur, Et, dU seuil étoilé, comme d'une fenêtre, Sur ta simarre, ô juge, et sur ta robe, ô prêtre,

Je vide la justice avec la vérité. Vivez, régnez ! ma strophe au sanglot irrité, Mon vers sanglant, fumant, amer, qui, du ciel sombre, Ainsi que d'une bouche entr'ouverte dans l'ombre,

Jaillit ; tombe, se rue, éclate, et sur les fronts Se disperse en horreur, en tempête, en affronts, Flétrit, submerge ; noie ; éclabousse et remonte, Est le vomissement dé Dieu sur votre honte.

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