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1867

IDYLLE

Victor HUGO

Ô mon fils, où cours-tu ? Vers les bosquets de Gnide J’ose en secret suivre les pas D’une vierge aimable et timide :

Par pitié, ne me retiens pas. Jeune Homme, crains Vénus : son sourire est perfide, Minerve par ma voix t’offre ici son égide Contre ses dangereux appas.

Qu’importe la sagesse à mon âme enivrée ! La ceinture de Cythérée Vaut bien l’égide de Pallas. Redoute un sexe ingrat : mon fils, tu dois m’en croire.

Vole plutôt au Pinde illustrer ta mémoire. Le Pinde et ses sentiers déjà me sont connus, Apollon n’aime que la Gloire. Apollon ne hait pas Vénus.

Brigue donc des Héros la palme triomphale : Imite dans sa course, aux monstres si fatale, Le vaillant fils d’Amphytrion. On vit filer aux pieds d’Omphale

Celui qui dompta Géryon. Suis Diane au regard austère. Faut-il jusqu’au sein du mystère La suivre auprès d’Endymion ?

Toi, que de dons trompeurs la nature décore, Écoute ; la raison inspire mes discours ; Hippolyte, dès son aurore, Fuyait le culte des Amours.

Anacréon, dans ses vieux jours, Sur son luth les chantait encore. Crains qu’une ingrate… Oh ! tu ne vis jamais

Un cœur si pur, une vierge aussi belle ! Tu n’as point vu la beauté que j’aimais, Car, ô mon fils, jurant d’être fidèle, J’ai comme toi jadis connu l’Amour,

Et son bandeau m’avait caché ses ailes, Pourquoi, grands Dieux ! a-t-il fui sans retour, Ce temps si court des ardeurs éternelles ? Tu le vois, ô Vieillard, ton cœur songe toujours

À ce Dieu qu’aujourd’hui j’adore ; On n’est pas loin d’aimer encore Lorsqu’on regrette les amours. Non, je suis sage, hélas ! va, crois-en ma tristesse.

Sur les plaisirs de ta jeunesse Bientôt tu verseras des pleurs ; Quelque jour viendront les douleurs… Quelque jour viendra la sagesse.

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