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1855

I

Victor HUGO

Pure Innocence ! Vertu sainte ! O les deux sommets d'ici-bas ! Où croissent, sans ombre et sans crainte, Les deux palmes des deux combats !

Palme du combat Ignorance ! Palme du combat Vérité ! L'âme, à travers sa transparence, Voit trembler leur double clarté.

Innocence ! Vertu ! sublimes Même pour l'œil mort du méchant ! On voit dans l'azur ces deux cimes, L'une au levant, l'autre au couchant.

Elles guident la nef qui sombre ; L'une est phare, et l'autre est flambeau ; L'une a le berceau dans son ombre, L'autre en son ombre a le tombeau.

C'est sous la terre infortunée Que commence, obscure à nos yeux, La ligne de la destinée ; Elles l'achèvent dans les cieux.

Elles montrent, malgré les voiles Et l'ombre du fatal milieu, Nos âmes touchant les étoiles Et la candeur mêlée au bleu.

Elles éclairent les problèmes ; Elles disent le lendemain ; Elles sont les blancheurs suprêmes De tout le sombre gouffre humain.

L'archange effleure de son aile Ce faîte où Jéhovah s'assied ; Et sur cette neige éternelle On voit l'empreinte d'un seul pied.

Cette trace qui nous enseigne, Ce pied blanc, ce pied fait de jour, Ce pied rose, hélas ! car il saigne, Ce pied nu, c'est le tien, amour !

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