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1898

ÉPIZOOTIE DANS LES HOMMES DE DÉCEMBRE

Victor HUGO

Cela n'empêche pas le maître, De continuer le festin. On a vu Mocquart, disparaître ; Espinasse est mort ce matin ;

Bineau suit Fortoul qui l'appelle ; Le fossoyeur a pris sa pelle ; Apportez les bières de plomb ; Fossoyeur, aide à les descendre,

Jette sur Morny de la cendre Et de la fange sur Troplong. Chacun son tour : Partez, complices. Noir Saint-Arnaud au cœur d'acier,

Tu trébuches ; Magnan, tu glisses ; Tu t'en vas, sanglant Pélissier. Fould, la corruption est vraie, Meurs. La mort fauche cette ivraie,

Comme les moissonneurs le blé ; Billault tombe ; Delangle tombe ; Dupin vient d'entrer dans la tombe, Les vers de terre ont reculé.

Oh ! de Strasbourg jusqu'à Bayonne Quelle fête, et comme on est gai ! Compiègne rit, Biarritz rayonne ; Saint-Cloud de joie est fatigué.

Basile raille don Quichotte. Un doux bruit de baisers chuchote Dans la molle fraîcheur des bois. On trinque ; effusion touchante !

Et le guet-apens dit : Je chante ! Et le massacre-dit : Je bois ! La table est une grandè lyre ; Tous mangent gloire aux dieux régnants !

Le vin d'où sort l'éclat de rire Luit dans les verres frissonnants ; Les femmes ont la gorge nue ; La fanfare dans l'avenue

Saute et bondit comme un esprit Le bal tourbillonne en cadence ; Et maintenant, tandis qu'on danse, Et maintenant, pendant qu'on rit,

Morts, faites vos festins funèbres, Dressez-vous sur votre séant, Et d'abord, mangez des ténèbres, Ensuite mangez du néant ;

Sous les ifs que le vent balance, Mangez de l'oubli, du silence, De l'horreur, de la surdité ; Mangez, spectres et pourritures !

Emplissez vos bouches obscures De l'ombre dè l'éternité.

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