Jeune ou vieux, imprudent ou sage, Toi qui, de cieux en cieux errant comme un nuage, Suis l'instinct d'un plaisir ou l'appel d'un besoin, Voyageur, où vas-tu si loin ? —
N'est-ce donc pas ici le but de ton voyage ? La Mort, qui partout pose un pied victorieux, A couvert mes splendeurs d'ombres expiatoires. Mon nom même a subi son voile injurieux ;
Et le morne oubli cache à ton œil curieux S'il est dans mon néant quelqu'une de tes gloires. Passant, comme toi j'ai passé. Le fleuve est revenu se perdre dans sa source.
Fais silence ; assieds-toi sur ce marbre brisé. Pose un instant le poids qui fatigue ta course : J'eus de même un fardeau qu'ici j'ai déposé. Si tu veux du repos, si tu cherches de l'ombre,
Ta couche est prête, accours ! loin du bruit on y dort. Si ton fragile esquif lutte sur la mer sombre, Viens, c'est ici l'écueil ; viens, c'est ici le port ! Ne sens-tu rien ici dont tressaille ton âme ?
Rien, qui borne tes pas d'un cercle impérieux ? Sur l'asile qui te réclame, Ne lis-tu pas ton nom en mots mystérieux ? Éphémère histrion qui sait son rôle à peine,
Chaque homme, ivre d'audace ou palpitant d'effroi, Sous le sayon du pâtre ou la robe du roi, Vient passer à son tour son heure sur la scène. Ne foule pas les morts d'un pied indifférent :
Comme moi, dans leur ville il te faudra descendre ; L'homme de jour en jour s'en va pâle et mourant, Et tu ne sais quel vent doit emporter ta cendre. Mais devant moi ton cœur à peine est agité !
Quoi donc ! pas un soupir ! pas même une prière ! Tout ton néant te parle, et n'est point écouté ! Tu passes ! — en effet, qu'importe cette pierre ? Que peut cacher la tombe à ton œil attristé ?
Quelques os desséchés, un reste de poussière, Rien peut-être, — et l'éternité !
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