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1835

ENVOI À ***

Victor HUGO

La pauvre fleur disait au papillon céleste — Ne fuis pas ! Vois comme nos destins sont différents. Je reste, Tu t'en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes Et loin d'eux, Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes Fleurs tous deux !

Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne. Sort cruel ! Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine Dans le ciel !

Mais non, tu vas trop loin ! — Parmi des fleurs sans nombre Vous fuyez, Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre A mes pieds !

Tu fins, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore Luire ailleurs. Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore Toute en pleurs !

Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles, O mon roi, Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes Comme à toi !

Roses et papillons, la tombe nous rassemble Tôt ou tard. Pourquoi l'attendre, dis ? Veux-tu pas vivre ensemble Quelque part ?

Quelque part dans les airs, si c'est là que se berce Ton essor ! Aux champs, si c'est aux champs que ton calice verse Son trésor !

Où tu voudras ! qu'importe! oui, que tu sois haleine Ou couleur, Papillon rayonnant, corolle à demi pleine, Aile ou fleur !

Vivre ensemble, d'abord ! c'est le bien nécessaire Et réel. Après on peut choisir au hasard, ou la terre Ou le ciel

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