Skip to content
1893

EN SORTANT D'UNE ÉGLISE

Victor HUGO

Ce prêtre a dit au peuple : — Enfants, baissez les Yeux. Dieu n'est point l'âme vague éparse au fond des cieux. La nature vous trompe et l'univers vous leurre.

Qui n'est point avec nous à — jamais souffre et pleure. Ne cherchez jamais Dieu hors du texte divin ! — Ainsi l'immensité chante un cantique vain ! Quoi donc ! je dois, avant de voir Dieu tel que l'âme

L'aperçoit, flamboyant d'une bonté de flamme, Avant de l'adorer tel que me le font voir Toutes les profondeurs de l'aurore et du soir ; L'étoile dans l'azur, la perle dans la nacre,

Faire rectifier l'Éternel par un diacre ! Il faut sous un missel prosterner notre foi ! L'aube enseigne l'amour et la Bible l'effroi Le curé crie : enfer ! l'astre crie : espérance !

C'est le curé qu'il faut croire de préférence ! Je dois subordonner, dans mon cœur qui bondit, Ce que dit l'univers à ce qu'un prêtre dit ! Ce n'est pas l'infini, c'est l'homme qu'il faut suivre.

Quoi ! la création n'est-elle, donc qu'un livre Dont les religions rédigent l'erratum ! Quoi ! les lys de Sâron, les roses, de Pœstum, La foudre, le soleil dorant-la solitude,

N'ont pas dans leur lumière autant de certitude Qu'un symbole en latin ou qu'un dogme en hébreu ! Tout bien considéré, nous destituons Dieu !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
EN SORTANT D'UNE ÉGLISE · Victor HUGO · Poetry Cove