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1855

En frappant à une porte

Victor HUGO

J'ai perdu mon père et ma mère, Mon premier né, bien jeune, hélas ! Et pour moi la nature entière Sonne le glas.

Je dormais entre mes deux frères ; Enfants, nous étions trois oiseaux ; Hélas ! le sort change en deux bières. Leurs deux berceaux.

Je t'ai perdue, ô fille chère, Toi qui remplis, ô mon orgueil, Tout mon destin de la lumière De ton cercueil !

J'ai su monter, j'ai su descendre. J'ai vu l'aube et l'ombre en mes cieux. J'ai connu la pourpre, et la cendre Qui me va mieux.

J'ai connu les ardeurs profondes, J'ai connu les sombres amours ; J'ai vu fuir les ailes, les ondes, Les vents, les jours.

J'ai sur ma tête des orfraies ; J'ai sur tous mes travaux l'affront, Aux pieds la poudre, au cœur des plaies, L'épine au front.

J'ai des pleurs à mon œil qui pense, Des trous à ma robe en lambeau ; Je n'ai rien à la conscience ; Ouvre, tombeau.

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