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1881

EN ÉCOUTANT CHANTER

Victor HUGO

Dans ta haute demeure Dont l’air est étouffant, De l’accent dont on pleure Tu chantes, douce enfant.

Tu chantes, jeune fille. Ton père, c’est le roi. Autour de toi tout brille, Mais tout soupire en toi.

Pense, mais sans rien dire ; Aimer t’est défendu ; Doux être, ton sourire En naissant s’est perdu.

Tu te sens épousée Par une main qui sort Inconnue et glacée De cette ombre, le sort.

Ton cœur, triste et sans ailes, Est dans ce gouffre noir À des profondeurs telles Que tu ne peux l’avoir.

Tu n’es qu’altesse encore, Tu seras majesté. Bien qu’un reflet d’aurore Sur ton front soit resté,

Enfant chère aux armées, Déjà nous te voyons Dans toutes les fumées Et dans tous les rayons.

Ton parrain est le pape ; Vierge, il t’a dit : Ave ! Quand tu passes, on frappe Des piques le pavé.

Comme Dieu l’on t’encense ; Toi-même as le frisson De la toute-puissance Mêlée à ta chanson.

De vieux légionnaires Te gardent, fiers, soumis ; Et l’on voit des tonnerres À ta porte endormis.

Autour de toi se creuse L’éclatant sort des rois. Tu serais plus heureuse Fauvette dans les bois.

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