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1893

ÉGLOGUE

Victor HUGO

Un journal ! Donnez-moi du papier, que j'écrive Une lettre, et voyez si le facteur arrive. Il semblé que la poste aujourd'hui tarde un ,peu. Vent, brouillard, pluie. On est en juin ; faites du feu.

Comme ces champs ont l'air bougon et réfractaire ! — Un gros nuage noir est tout près de la terre ; Le jour a le front bas, et les cieux sont étroits ; Et l'on voit dans la rue, en file, trois par trois,

Serrés dans leurs boutons et droits dans leurs agrafes, Passer des titotlers grisés par des carafes ; Ils sont jeunes, plusieurs ont vingt ans ; et pendant Que, regardant la vie avec un œil pédant,

Ils laissent se transir Betsy, Goton et Lise, L'eau qu'ils boivent leur sort du nez en chants d'église. Jadis c'était le temps du beau printemps divin ; Silène était dans l'antre et ronflait plein de vin ;

Mai frissonnait d'aurore, et des flûtes magiques Se répondaient dans l'ombre au fond des géorgiques ; L'eau courait, l'air jouait ; de son râle étranglé La couleuvre amoureuse épouvantait Églé ;

Les paons dans la lumière ouvraient leurs larges queues ; Et, lueurs dans l'azur, les neuf déesses bleues Flottaient entre la terre et le ciel dans le soir, Et chantaient, et, laissant à travers elles voir

Les étoiles, ces yeux du vague crépuscule, Elles mêlaient Virgile assis au Janicule, Moschus dans Syracuse, et les sources en pleurs, Les troupeaux, les sommeils sous les arbres, les fleurs,

Les bois, Amaryllis, Mnasyle et Phyllodoce, À leur mystérieux et sombre sacerdoce.

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