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1898

ÉCRIT SUR UN EXEMPLAIRE DES CHÂTIMENTS

Victor HUGO

Le frissonnant essaim des pâles Euménides Met les effrois Dans l'homme, et ne veut pas laisser les âmes vides Et les cœurs froids ;

Elles vont secouant sur nos fronts une chaîne Avec des chants, Leur fonction étant de nous emplir de haine Pour les méchants ;

Et ces femmes de l'ombre, éparses et volantes, Rôdent dans l'air, Furieuses, et font des colères trop lentes Jaillir l'éclair ;

— Allons ! réveille-toi ! ne vois-tu pas Tibère ? Viens ! fais un pas ! Est-ce que pour frapper la foudre délibère ? Ne vois-tu pas

Le mal partout ; ici le crime et là le vice ; Judas rêvant ; Ce roi, ce juge, l'un achetant la justice Que l'autre vend ?

Frappe ! — Ainsi vont grondant les gorgones sublimes ; Et leur vertu, Sinistre, ouvre au songeur l'horizon des abîmes ; Et dis : Viens-tu ?

Et le poète suit ces filles formidables. — Monstres, j'accours ! C'est bien ! Et ; sur le haut des monts inabordables, Dans les bois sourds ;

Dans l'inclément désert, sur l'âpre mer sonore, La sombre nuit Est contente ; et, plus bas, dans les prés où l'aurore S'épanouit,

Dans l'azur, dans l'été, dans l'herbe et dans les mousses, Dans la chaleur, Dans l'idylle, on entend toutes les choses douces Qui sont en fleur,

L'églantier, le rosier plein d'une âme invisible, Le frais buisson, Dire en voyant passer le poète terrible. Il a raison.

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