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1855

Écrit en 1855

Victor HUGO

J'ajoute un post-scriptum après neuf ans. J'écoute ; Êtes-vous toujours là ? Vous êtes mort sans doute, Marquis ; mais d'où je suis on peut parler aux morts. Ah ! votre cercueil s'ouvre : — Où donc es-tu ? — Dehors.

Comme vous. — Es-tu mort ? — Presque. J'habite l'ombre ; Je suis sur un rocher qu'environne l'eau sombre, Écueil rongé des flots, de ténèbres chargé, Où s'assied, ruisselant, le blême naufragé.

— Eh bien, me dites-vous après ? — La solitude Autour de moi toujours a la même attitude ; Je ne vois que l'abîme, et la mer, et les cieux, Et les nuages noirs qui vont silencieux ;

Mon toit, la nuit, frissonne, et l'ouragan le mêle Aux souffles effrénés de l'onde et de la grêle ; Quelqu'un semble clouer un crêpe à l'horizon ; L'insulte bat de loin le seuil de ma maison ;

Le roc croule sous moi dès que mon pied s'y pose ; Le vent semble avoir peur de m'approcher, et n'ose Me dire qu'en baissant la voix et qu'à demi L'adieu mystérieux que me jette un ami.

La rumeur des vivants s'éteint diminuée. Tout ce que j'ai rêvé s'est envolé, nuée ! Sur mes jours devenus fantômes, pâle et seul, Je regarde tomber l'infini, ce linceul. —

Et vous dites : — Après ? — Sous un mont qui surplombe, Près des flots, j'ai marqué la place de ma tombe ; Ici, le bruit du gouffre est tout ce qu'on entend ; Tout est horreur et nuit. — Après ? — Je suis content.

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