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1893

DIEU SUIT SA VOIE

Victor HUGO

Quand dans le cœur d'un peuple il a disposé tout, Un rien suffit pour faire éclater tout à coup Ces révolutions fatales et divines Qui jettent des clartés et qui font des ruines.

En des jours, comme ceux que le sort nous a, faits, La plus petite cause a les pires effets. Dans ce siècle où le mal ; comme le bien, est libre, Où l'égalité mine et sape l'équilibre,

Tout est en question. Que voyons-nous souvent ? De grands coups de hasard et de grands coups de vent. Veillons donc. Nous vivons dans un temps où nul homme N'est petit, où chacun est redoutable, en somme.

Le bois nourrit la flamme, et la haine nourrit Tous les mauvais instincts de l'homme. Crains l'esprit, Crains le cœur où dans l'ombre abonde et s'amoncelle La haine qui s'enflamme à la moindre étincelle.

Parfois, un mendiant qui vous suit pas à pas, Un rêveur en haillons que vous ne voyez pas, Dans le fond de son âme inconnue et hautaine, À toute une forêt de colère et de haine

Qui n'attend que le choc d'un caillou, qu'un moment, Pour remplir l'horizon d'un vaste embrasement !

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