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1865

DANS LES RUINES D'UNE ABBAYE

Victor HUGO

Seuls, tous deux, ravis, chantants ! Comme on s'aime ! Comme on cueille le printemps Que Dieu sème !

Quels rires étincelants Dans ces ombres, Pleines jadis de fronts blancs, De cœurs sombres !

On est tout frais mariés. On s'envoie Les charmants cris variés De la joie.

Purs ébats mêlés au vent Qui frissonne ! Gaietés que le noir couvent Assaisonne !

On effeuille des jasmins Sur la pierre Où l'abbesse joint les mains En prière.

Les tombeaux, de croix marqués, Font partie De ces jeux, un peu piqués Par l'ortie.

On se cherche, on se poursuit, On sent croître Ton aube, amour, dans la nuit Du vieux cloître.

On s'en va se becquetant, On s'adore, On s'embrasse à chaque instant, Puis encore,

Sous les piliers, les arceaux, Et les marbres. C'est l'histoire des oiseaux Dans les arbres.

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