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1893

DANS LE CIMETIÈRE DE***

Victor HUGO

Je priais, recueilli dans ma pensée intime. Le cimetière est doux au deuil silencieux À cette heure où le soir ineffable et sublime Vient à la paix des morts mêler la paix des cieux.

J'entendis qu'on marchait, je levai les paupières ; Le vent remuait l'herbe autour des crucifix, Et je vis à pas lents venir parmi les pierres Un aïeul par la main menant son petit-fils.

Ému, j'interrompis mes funèbres extases, Pour les suivre des yeux et tout bas les bénir. Un vieillard ! un enfant ! ô mystérieux vases ! L'un rempli du passé, l'autre de l'avenir !

Cette petite main dans cette main débile Me rappelait des jours enfuis, des jours meilleurs ! Le vieillard, par moments s'arrêtant immobile, Regardait les tombeaux ; l'enfant cherchait des fleurs.

Le vieillard regardait les sépulcres dans l'ombre, Comme si, morne et blême et baigné de sueur, À force d'y fixer son œil profond et sombre, Il en faisait sortir quelque étrange lueur !

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