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1893

DANGER D'ALLER DANS LES BOIS

Victor HUGO

Ne te figure pas, ma belle, Que les bois soient pleins d'innocents. La feuille s'émeut comme l'aile Dans les noirs taillis frémissants ;

L'innocence que tu supposes Aux chers petits oiseaux bénis N'empêche pas les douces choses Que Dieu veut et que font les nids.

Les imiter serait mon rêve ; Je baise en songe ton bras blanc ; Commence ! dit l'Aurore. — Achève ! Dit l'étoile. Et je suis tremblant.

Toutes les mauvaises pensées, Les oiseaux les ont, je les ai, Et par les forêts insensées Notre cœur n'est point apaisé.

Quand je dis mauvaises pensées. Tu souris… — L'ombre est pleine d'yeux, Vois, les fleurs semblent caressées Par quelqu'un dans les bois joyeux.

Viens ! l'heure passe. Aimons-nous vite ! Ton cœur, à qui l'amour fait peur, Ne sait s'il cherche ou s'il évite Ce démon dupe, ange trompeur.

En attendant, viens au bois sombre. Soit. N'accorde aucune faveur. Derrière toi, marchant dans l'ombre, Le poète sera rêveur ;

Et le faune, qui se dérobe, Regardera du fond des eaux Quand tu relèveras ta robe Pour enjamber les clairs ruisseaux.

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