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1902

CXXXI

Victor HUGO

Oh ! vers le progrès magnifique Guidez les générations ! Malheur à l'âme qui trafique De son souffle et de ses rayons !

Que le supplice vous attire ! Précipitez-vous au martyre ! Penseurs ! pour vaincre il faut souffrir. L'homme, qui ne peut rien connaître,

Marche de cette énigme : naître, Jusqu'à cet abîme : mourir. Sur son berceau naît son étoile. Comme il ouvrait l'œil, elle a lui.

Comme Isis sous le triple voile La conscience habite en lui. Elle l'éclaire quand il doute ; Elle lui, montre sur sa route

Tout ce que la raison trouva ; — Elle est pareille à la glaneuse ; Il' est libre, elle est lumineuse ; Il dit : Que suis-je ? elle dit : Va.

Il sent qu'il contient le mystère, Qu'il a la bêche et le jardin, Qu'il doit, condamné de la terre, Avec Babel refaire Éden.

Apre ouragan ou brise douce, Il sent qu'il est le vent qui pousse Les battants du seuil éternel, Et que les vertus et les crimes

Font tourner sur ses gonds sublimes La porte invisible du ciel. D'où vient-il ? où va-t-il ? il songe. Évitera-t-il Dieu lointain ?

Il est maître de son mensonge, Un autre est maître du destin. Il tremble ; il se sent responsable Pour un pas risqué sur le sable,

Pour un souffle sur un flambeau. O nuit sombre où nous portons l'arche ! La liberté de l'homme marche Entre la crèche et le tombeau !

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