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1902

CXXI

Victor HUGO

Crois-tu que de ceci mon rêve se repaisse, Que je sois satisfait, que je sois une espèce De bienheureux, louant à toute heure, en tout lieu ; Que j'aie entre les dents un dithyrambe à Dieu ;

Que je trouve tout grand, complet, parfait, sublime ; Que je dise : il ne manque à rien un coup de lime ! Tout est beau ! que je sois un faiseur d'embarras, Que je crie à la nuit : fais ce que tu voudras !

Que j'aille acceptant tout, et que je contresigne Aveuglément le lys, le paon, l'aigle, le cygne, Homme ? et que je constate, en me pâmant, le pré, La source, la forêt, le buisson diapré,

L'aube sur un vieux mur dorant les giroflées, L'ouragan noir chassant les vagues essoufflées ? Non, non, ce n'est pas moi qui, tout joyeux devant Le problème muet, sourd, obscur, décevant,

M'obstine à voir dans tout des marques d'alliance. Homme, ce n'est pas moi qui vis de confiance, Ce n'est pas moi qui vais béant aux paradis Quand l'âpre énigme est là. Ce n'est pas moi qui dis :

L'univers n'est pas clair ; non, mais il est splendide. Ce n'est pas moi qui suis l'adorateur candide, Qui félicite l'être effrayant d'être noir, Qui fais le sphynx camus avec mon encensoir !

Qu'a-t-elle donc de beau cette création,Qu'a-t-elle donc de beau cette création, Et de pur, de charmant, d'heureux, pour qu'on l'admire ? Quoi donc ! devant Adam faut-il brûler la myrrhe, Louer ses passions, ses vices, sa laideur,

Ses vils instincts qui, font décroître la pudeur Dans la femme, et qui font croître en l'homme la honte ? Et si je plonge au bas du gouffre, ou si je monte Dans ce faux ciel béat bâillant plus qu'il ne rit,

Que veux-tu que je pense, homme, quand mon esprit, Comparant le démon rampant que l'enfer noie, Et l'ange coassant dans son marais de joie, Va de ce saurien à ce batracien ?Va de ce saurien à ce batracien ?

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