Dans les leçons qu'il donne aux esprits comme aux yeuxDans les leçons qu'il donne aux esprits comme aux yeux L'abîme, dont la tombe est la blême fenêtre, N'est pas exact, précis et clair ; quoique peut-être Il en sache aussi long qu'Ulysse Aldrovandus
Par qui veut écouter les cieux, sont entendus ; Mais croire qu'ils vont tout dévoiler, c'est un rêve. Je n'imagine pas que le mystère lève Son capuchon sinistre au fond de l'infini
Comme un religieux du Corpus domini ; Je doute que l'Etna, sous sa crête fumante, Prêche, expose, débatte, examine, argumente Je doute que la mer où planent les autans ;
Mêle sous son écume à ses bleus habitants, Et roule, et dans le tas de ses hydres confonde Une théologie errânt dans l'eau profonde ; Sans doute l'Océan, miroir du firmament,
Est un grand syllogisme, âpre, amer, écumant ; Chaque fois qu'il endort son flot glauque, il apaise De l'analyse en lutte avec de la synthèse, Mais son Verbe n'est pas le jargon d'un pédant.
Son gouffre, de clarté farouche débordant, Jette de la logique à sa grève déserte, Mais sans finir par donc ni commencer par certe. L'ombre est un grand amour, l'abîme est un grand lit ;
L'Être emplit l'étendue et l'emplit et l'emplit ; Sans qu'on sache comment, les globes se soutiennent ; Au même point des cieux les planètes reviennent, Les mondes, monstrueux et beaux, uns et divers,
Tous les objets créés, bêtes, monts, rameaux verts, L'homme par la pensée et la fleur par la tige Entrent dans le miracle et sortent du prodige ; L'air frémit, l'arbre croît, l'oiseau chante, l'eau fuit,
Et des lumières vont jusqu'au fond de la nuit ; L'illusion serait étrange, que t'en semble, De voir dans le splendide et redoutable ensemble, Dans le flot de la vie et dans le noir torrent
Un docteur de Sorbonne énorme pérorant.
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