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1902

CXLVIII

Victor HUGO

L'excès de la pitié, c'est une erreur auguste. Je plains jusqu'au tyran quand il meurt. Même juste, J'ai l'expiation, en horreur. Je n'ai pas L'âpre haine et le goût des sévères trépas.

C'est pourquoi je frémis devant quatrevingt-treize. Mais du moins, dans ces jours dont le spectre nous pèse, On gardait le front haut, sans pâlir, sans bouger, Devant la guillotine et devant l'étranger ;

Ceux qui régnaient avaient une grandeur horrible ; Saint-Just était puissant, Marat était terrible ; Sur la haute tribune on s'entredévorait ; Et l'Europe tremblait d'un tremblement secret

Quand Danton hurlant, fier, le feu dans la paupière, Mordait Collot d'Herbois ou mâchait Robespierre. Ces temps étaient affreux, ils n'étaient pas petits. Mais aujourd'hui, quels sont ces êtres aplatis

Qui tous autour de moi vont la tête courbée ? Hélas ! le front baissé trahit l'âme tombée. Comme on oublie orgueil, fierté, devoir, mandat ! Comme on lèche humblement la botte du soldat !

Comme on presse en tremblant ses genoux ! comme on flatte Son caban africain à la ganse écarlate ! Comme à son moindre mot, ordre, grâce, refus, On adore, on éclate en jappements confus !

Comme autour de ce banc où l'œil soumis s'attache, On attend qu'un sourire entr'ouvre sa moustache ! Il dit Venez ! on vient. Comme à chaque moment Avec l'avidité de l'avilissement,

Devant ce sabre obscur qui n'est pas même un glaive, On se couche à plat ventre !… — Ah ! mon cœur se soulève, Vers le passé hideux je tourne un œil jaloux, Et quand je vois ces chiens, je regrette les loups !

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