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1902

CXLIII

Victor HUGO

Le pauvre ; là-dessus l'accord est unanime,Le pauvre ; là-dessus l'accord est unanime, Souvent vole le riche. Eh bien, de son côté Le riche peut voler le pauvre, en vérité. Il ne s'en doute pas, triste engeance ignorante !

Écoute et songe. Hier, j'ai touché de ma rente Une somme, etje tire unfranc de mon gousset. Le voici. Maintenant je demande à qui c'est. Ce franc, certe, est à moi le riche, à moi le maître.

Il est à moi'si peu, que si, par la fenêtre, Je le jette à la mer, je le vole. A qui donc ? Aux pauvres. Oui, quiconque en notre enfer sans fond, Plein de fièvres, de soifs, et de faims innombrables,

Perd ce qu'il peut donner, le prend aux misérables. Qui souffre attend, et c'est un droit que le malheur. Le prodigue est voleur et l'avare est voleur. Car avoir c'est devoir ; car celui qui dissipe

Ou thésaurise, fait une plaie au principe ; Car, ayant tout, il a commis, entends-tu bien, L'affreux crime d'avoir volé ceux qui n'ont rien.

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