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1893

CHANSON DE BORD

Victor HUGO

Marin, l'onde est une femme. Crains le sable, crains la lame, Crains le rocher. C'est vers Pluton que tu vogues.

Les flots sont — les bouledogues — Du noir boucher. La Bourrasque, pâle et nue, Traîne un linceul dans la nue,

Disent les vieux. La place des yeux est vide Sous son grand crâne livide Et pluvieux.

Dès qu'on est dans cette écume, On a comme un bruit d'enclume Dans le tympan La vague saute sur l'homme ;

Le vent se comporte comme Un chenapan. Qui s'en tire gagne un quine… La mer est une coquine,

Disent les vieux. La mer est une sauvage. Le flot toujours du rivage Est envieux.

Toute la terre fleurie Ne serait qu'une prairie Et qu'un gazon Sans cette mer de ténèbres

Qui gonfle ses plis funèbres À l'horizon. Malheur à qui lève l'ancre ! Elle est la bouteille d'encre

Qu'un jour trouva Satan que l'envie enivre, Et qu'il vida sur le livre De Jéhova.

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CHANSON DE BORD · Victor HUGO · Poetry Cove