Skip to content
1893

CE QUE C'EST QUE DE SORTIR

Victor HUGO

Il fait beau, l'air est pur ; le ciel est d'un bleu tendre ; À bas l'hiver. Géronte, adieu ; bonjour, Clitandre, Je ne me le fais pas dire deux fois, l'été Nous appelle, et l'idylle est mise en liberté ;

Ah ! je profiterai, certes, de l'ouverture Des portes, puisque avril nous livre la nature, Et puisque le printemps nous invite à venir Entendre les chevaux de l'aurore hennir.

Mon programme est ceci : là-haut des voix divines ; Les fleurs prendront des airs penchés dans les ravines ; Lalagé se mettra des roses sur le front, Et rira ; les rayons des deux sexes pourront

Se mêler ; le gazon sera sans pruderie ; Les bois murmureront : Ici l'on se marie ; Et l'arbre aura tant d'ombre et les cœurs tant de feu Qu'on ne trouvera pas un seul défaut à Dieu ;

Pan nous laissera voir sa grande âme attendrie ; La nature sera pleine de rêverie ; Rien ne se gênera pour vivre et pour aimer ; Par des, chuchotements on s'entendra nommer,

Et l'on croira qu'au fond les oiseaux nous connaissent ; Les cieux, les eaux ; les prés où les églogues naissent, Seront presque aussi beaux qu'un décor d'opéra Les papillons feront tout ce qui leur plaira ;

Les nids échangeront tout bas et sous les branches De libres questions et des réponses franches, Et je respirerai l'odeur-des liserons, Et l'ombre sera tiède, et nous mépriserons

Ensemble au fond des bois, ô nymphes de Sicile, Barbey d'Aurevilly ; l'effroyable imbécile.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
CE QUE C'EST QUE DE SORTIR · Victor HUGO · Poetry Cove