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1898

CÆSAR

Victor HUGO

Il fait le mal il boit des pleurs ; il boit du sang ; Partout la mort, l'exil, des veuves gémissant, Des orphelins, des foyers vides ; C'est ainsi qu'entassant deuils, forfaits, désespoirs,

Les tyrans font téter à nos vers, dogues noirs, La mamelle des Euménides : Tous ces prétoriens qui l'ont fait empereur L'entourent ; Rome est calme et parle avec terreur ;

On ne laisse approcher personne ; Ils gardent son palais et veillent à l'entour, Mille à chaque barrière et cent sur chaque tour ; Le monde tremble, et lui frissonne.

Il évoque, effaré, livide, anéanti, Tous ses prédécesseurs, que les clypeati Couvraient de leurs mâles poitrines ; Et l'histoire, témoin qu'on trouve toujours là,

Fait sortir de l'égout le dieu Caracalla Et le dieu Néron des latrines. Il erre en son palais. Ici tout le défend ; Ici le prêtre adore Auguste triomphant,

Ici les fronts sont dans la poudre, Ici là terre apporte un respect assidu ; Au-dessus de sa tête il entend, éperdu, L'éclat de rire de la foudre.

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