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1829

Bounaberdi

Victor HUGO

Souvent Bounaberdi, sultan des Francs d'Europe, Que, comme un noir manteau, le semoun enveloppe, Monte, géant lui-même, au front d'un mont géant, D'où son regard, errant sur le sable et sur l'onde,

Embrasse d'un coup d'œil les deux moitiés du monde, Gisantes à ses pieds dans l'abîme béant. Il est seul et debout sur ce sublime faîte. À sa droite couché, le désert qui le fête

D'un nuage de poudre importune ses yeux ; À sa gauche, la mer, dont jadis il fut l'hôte, Élève jusqu'à lui sa voix profonde et haute, Comme aux pieds de son maître aboie un chien joyeux.

Et le vieil empereur, que tour à tour réveille Ce nuage à ses yeux, ce bruit à son oreille, Rêve, et, comme à l'amante on voit songer l'amant, Croit que c'est une armée, invisible et sans nombre,

Qui fait cette poussière et ce bruit pour son ombre, Et sous l'horizon gris passe éternellement ! Oh ! quand tu reviendras rêver sur la montagne, Bounaberdi ! regarde un peu dans la campagne

Ma tente qui blanchit dans les sables grondants, Car je suis libre et pauvre, un Arabe du Caire, Et quand j'ai dit : Allah ! mon bon cheval de guerre Vole, et sous sa paupière a deux charbons ardents !

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