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1902

BILLET À CHARLES NODIER

Victor HUGO

Je l'ai lu, ton beau poëme. Tes sept châteaux de Bohême, C'est un legs rare et suprême Que tu tiens, en fils pieux,

D'Yorick qui l'eut de son père Rabelais, bâtard d'Homère, Lequel était fils des Dieux. C'est là, Nodier ; ta famille.

Moi, j'édifie en Castille Une bien frêle bastille Que bientôt fera plier Le peuple au front de bélier.

Mais qu'Hernani tienne ou croule ! Qu'importe à tes sept donjons Qu'en vain viendront battre en foule Maintes ailes de pigeons !

Ils vivront. Leur garde est forte, Ta gloire veille à leur porte. Quoi donc ! il me vient de toi, Ce livre charmant que j'aime !

Quoi ! sept châteaux de Bohême ! Don de poète ou de roi ! En échange t'offrirai-je Ma tour qu'un parterre assiège ?

Hélas ; pour tes sept châteaux Qui du front de leurs coteaux Dominent sur la campagne, Moi, dont Jodelle est l'aïeul,

Je ne t'en promets qu'un seul. Encore est-il en Espagne !

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