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1853

AUBE

Victor HUGO

Un immense frisson émeut la plaine obscure. C'est l'heure où Pythagore, Hésiode, Épicure, Songeaient ; c'est l'heure où, las d'avoir, toute la nuit, Contemplé l'azur sombre et l'étoile qui luit,

Pleins d'horreur, s'endormaient les pâtres de Chaldée. Là-bas, la chute d'eau, de mille plis ridée, Brille, comme dans l'ombre un manteau de satin ; Sur l'horizon lugubre apparaît le matin,

Face rose qui rit avec des dents de perles ; Le bœuf rêve et mugit, les bouvreuils et les merles Et les geais querelleurs sifflent, et dans les bois On entend s'éveiller confusément les voix ;

Les moutons hors de l'ombre, à travers les bourrées, Font bondir au soleil leurs toisons éclairées ; Et la jeune dormeuse, entr'ouvrant son œil noir, Fraîche, et ses coudes blancs sortis hors du peignoir,

Cherche de son pied nu sa pantoufle chinoise. Louange à Dieu ! toujours, après la nuit sournoise, Agitant sur les monts la ronce et le genêt, La nature superbe et tranquille renaît ;

L'aube éveille le nid à l'heure accoutumée, Le chaume dresse au vent sa plume de fumée, Le rayon, flèche d'or, perce l'âpre forêt ; Et plutôt qu'arrêter le soleil, on ferait

Sensibles à l'honneur et pour le bien fougueuses Les âmes de Baroche et de Troplong, ces gueuses !

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