Quand le poète peint l'enfer, il peint sa vie : Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie ; Forêt mystérieuse où ses pas effrayés S'égarent à tâtons hors des chemins frayés ;
Noir voyage obstrué de rencontres difformes ; Spirale aux bords douteux, aux profondeurs énormes, Dont les cercles hideux vont toujours plus avant Dans une ombre où se meut l'enfer vague et vivant !
Cette rampe se perd dans la bruime indécise ; Au bas de chaque marche une plainte est assise, Et l'on y voit passer avec un faible bruit Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit.
Là sont les visions, les rêves, les chimères ; Les yeux que la douleur change en sources amères, L'amour, couple enlacé, triste, et toujours brûlant, Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ;
Dans un coin la vengeance et la faim, sœurs impies, Sur un crâne rongé côte à côte accroupies ; Puis la pâle misère au sourire appauvri ; L'ambition, l'orgueil, de soi-même nourri,
Et la luxure immonde, et l'avarice infâme, Tous les manteaux de plomb dont peut se charger l'âme ! Plus loin, la lâcheté, la peur, la trahison Offrant des clefs à vendre et goûtant du poison ;
Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre, Le masque grimaçant de la Haine qui souffre ! Oui, c'est bien là la vie, ô poète inspiré, Et son chemin brumeux d'obstacles encombré.
Mais, pour que rien n'y manque, en cette route étroite Vous nous montrez toujours debout à votre droite Le génie au front calme, aux yeux pleins de rayons, Le Virgile serein qui dit : Continuons !
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